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Réussir avec son voile – Interview de Zoubida Mansouri

Voile et travail, cela est souvent perçu comme étant incompatible.

Pourtant de nombreuses femmes décrochent un emploi sans y renoncer.
Voici le portrait de Zoubida Mansouri (Linkedin), chargée de communication et “proud hijabi”. Un des objectifs de Bakhta Work est de valoriser les parcours d’entrepreneures mais également des femmes salariées portant le foulard.
Le parcours de Zoubida nous montre une chose : OSEZ. D’autant plus que Zoubida exerce une fonction de cadre dans la communication ce qui montre que l’on peut réussir dans des métiers de cadre sans renoncer pour autant à ses principes.
Quand Zoubida m’a envoyé ses réponses, j’étais extatique. Au delà d’un espoir, le parcours de Zoubida permettra sûrement d’aider de nombreuses jeunes femmes étant perdue dans leur orientation. C’est typiquement une des raisons pour lesquelles j’ai créé Bakhta Work : j’espère que vous serez aussi inspirée que je l’ai été.
 Pourrais-tu te présenter puis nous présenter ton parcours scolaire et professionnel ?
​Salam aleykoum, je suis Zoubida, Chargée de communication au sein d’AADSP Group, une structure de service à la personne dans le Val d’Oise.
Après un Baccalauréat Littéraire, je me suis orientée vers une Licence Information-Communication option Multimédia, puis vers un Master Communication Numérique, conduite de projets et veille stratégique. Mon souhait initial était de devenir journaliste, mais les écoles de journalisme était trop onéreuse pour m’être accessible. Ayant, en plus de mon goût pour la rédaction, un gros faible pour le web, je me suis ainsi dirigé vers des études en communication orientées numérique.
 En quoi consiste ton activité ? 
​J’ai en ma responsabilité toute la communication de la structure qui se compose de plusieurs agences de service à la personne en Ile-de-France et sur Lyon : la définition de la stratégie de communication, la gestion de la communication externe et interne, la création et la gestion des supports de communication print (flyers, affiches, invitations,…) et numériques (site web, campagnes mailing, réseaux spéciaux, …), l’organisation d’événements (inauguration d’agence, séminaire d’entreprise, réunions générales, …). Je gère également les volets Communication et Marketing des différents projets en cours de développement de l’entreprise : lancement de nouvelles prestations, ouverture d’agences,…

 Comment s’organise ta journée-type ? 

​Mes journées ne sont jamais les mêmes puisqu’elles sont rythmées par les projets en cours. Mais il y a quand même quelques rituels : après un bon petit café, ouverture des e-mails. Je réponds aux mails urgents et supprime ce qui aurait dû atterrir dans mes spams. Ensuite tout dépend des “en cours” : créer un flyer pour le lancement d’une nouvelle agence, déployer un plan de communication pour le lancement d’une prestation, programmer les publications hebdomadaires sur les réseaux sociaux, rédiger la prochaine newsletter, assurer la maintenance du site web, déployer une procédure d’utilisation de l’extranet, assurer un rendez-vous avec un prestataire : une agence de communication, un imprimeur,… Chaque journée est unique !

Pourquoi avoir choisi la voie de la communication ?

​Car j’ai toujours été séduite par l’art de bien écrire, de bien parler et de sublimer les choses qui nous entoure. Et parce qu’en tant que “digital native”, j’ai pris conscience très jeune que les outils numériques allaient devenir des alliés indispensables à la communications des entreprises, associations, collectivités, … à condition de bien définir sa stratégie en amont et de l’adapter aux cibles auxquelles l’on s’adresse.

Est-ce que le voile a été un frein pour trouver des stages et un emploi ?

​Je pense que le principal frein était dans ma tête : je me disais à moi-même que le voile serait un obstacle à ma réussite professionnelle, et par conséquent je me fermais des portes seule. ​J’ai eu du mal à passer le cap du hijab alors que je le souhaitais intensément, et ce, à cause de toutes ces inquiétudes.
Lorsque j’étais en licence et que je ne portais pas encore le hijab, je me suis retrouvé dans des entreprises (dans le cadre de stages ou de jobs étudiants) avec des jeunes filles voilées. J’ai commencé a réaliser alors que sur le terrain, malgré toutes mes idées reçues, travailler ou trouver un stage avec son hijab était possible ! Je constatais à cette même période que de plus en plus nombreux étaient les “patrons musulmans” qui réussissaient et qui permettaient la création d’emplois pour les femmes portants le voile. Enfin, dernier constat et non des moindres, l’entrepreneuriat est une voix de plus en plus empruntée par les frères et sœurs lassé d’être recalé en entretien de par leur apparence et ayant un projet solide et réfléchie.
C’est donc “hijab en tête et fière de l’être” que j’ai débuté mon Master. La recherche de stage n’a pas été facile il faut l’avouer. En M1 je me suis vu recevoir un enchaînement de réponses négatives à différents entretiens d’embauches, alors que certains étaient très concluants. Jamais la question de mon hijab n’a été abordé directement lors de mes entretiens mais je n’ai enchaîné que des refus… Jusqu’au jour où un ami commun avec le responsable de la structure dans laquelle je suis actuellement en poste m’a présenté. J’ai décroché un stage de 6 mois lors de mon M1. S’en est suivi un contrat de professionnalisation d’un an dans le cadre de mon M2. Et ensuite, un CDI !

Comment dépasser ce frein ? 

​Jouer de ses contacts ! Trouver un emploi en  France passe encore beaucoup par la recommandation ou, pour le dire plus vulgairement, le piston. Ne pas hésiter à activer son réseau pour décrocher le sésame convoité : stage, alternance ou emploi.
Avoir confiance en soi ensuite, c’est juste indispensable. Présentez-vous telle que vous êtes avec votre hijab en entretien, vous pourriez avoir de belles surprises ! Certaines sœurs font le choix de l’enlever dès le premier entretien alors qu’elles ne savent même pas ​si celui-ci sera amené à être problématique dans l’entreprise où elle postule ou non. Les entreprises “hijab friendly” existent ! Et elles sont nombreuses. C’est en restant nous-même que nous pouvons espérer changer un jour les mentalités.

Quelles sont les qualités requises pour être une responsable en communication efficace  ?

​Je dirai l’organisation, la polyvalence, la force de conviction, l’aisance orale et rédactionnelle et bien-sûr la créativité.  ​

Quelles ont été les difficultés que tu as rencontré dans ton secteur ? Comment les as-tu surmontées ?

​Je dirai dans les débuts devoir expliquer ou justifier sans cesse ses choix vestimentaires, pas forcément auprès de collègues mal intentionnés, cela peut-être seulement de la curiosité​ ou l’envie d’avoir des réponses à quelque chose d’inconnu. Disons qu’il faut être pédagogue et patient.

 Quel a été votre moment le plus difficile au cours de ton parcours professionnel ? Ta plus grande leçon et ta plus grande satisfaction au sein de ton parcours ? 

Pour le moment le plus difficile : ​Lorsque je me suis retrouvé à me justifier de mon hijab à des collègues qui m’ont presque invité à le retirer pour le bien de la suite de mon parcours professionnel.
Pour la plus grande satisfaction : Lorsque des collègues me disent que, de par mon ouverture et ma joie de vivre, leur regard sur l’Islam et les femmes voilées a changé. Et qu’ils défendent désormais “l’Islam et les musulmans” dans leurs cercles personnels : familles, amis, … Ça c’est une vraie victoire. ​

Quels sont vos modèles/inspirations ?

Des figures comme Ilhan Omar, femme politique américaine élue du Minnesota d’origine somalienne, qui honore ses fonctions fièrement coiffé de son turban. Son combat pour une société multiculturelle en paix, pour le droit ​des femmes est honorable. Elle nous montre que l’on peut rester fidèle à ses valeurs et à ses convictions sans que cela ne soit un frein à notre parcours professionnel, même pour atteindre les plus haut poste. Comme elle le dit joliment, fière de son identité : « C’est important que je sois une femme. C’est important que je sois une femme somali-américaine. C’est important que je sois musulmane et une femme immigrée”.

Quels conseils donneriez-vous à nos sœurs ambitieuses mais qui ont peur de franchir le cap ?

​Ne baissez pas les bras. Ne vous laissez pas décourager par l’avis des uns et des autres. Vous rencontrerez toujours des personnes pessimistes et fermées d’esprit. A nous viser l’excellence pour ouvrir leurs esprits, et leur montrer que derrière un voile peut se cache de grands projets, de grandes compétences, de grandes ambitions et la volonté de construire​ la société avec ses concitoyens, main dans la main.

La publication a un commentaire

  1. Imane CHANFI

    Salam j’aimerais savoir ou as tu postuler pour trouver ton stage.
    Felicitation macha allah

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